
Louis Marin Bonnet, Tête de Joseph, gravure en manière de crayon d’après un dessin de Jean Baptiste Deshayes, 42 x 33 cm. Vers 1760. Collection personnelle.
Un petit tour par ma collection…
Avec le XVIIIème siècle, la curiosité envers la genèse de l’œuvre d’art va croissant. Le dessin préparatoire, l’esquisse , la " maquette " pour la sculpture, constituent alors, en complément de l’œuvre aboutie, des objets dignes d’un nouvel intérêt. Ils sont le lieu par excellence où s’exprime " le feu " de l’artiste suivant les propos de Roger De Piles. Diderot n’en pensait pas moins et bon nombre d’amateurs se mirent à les collectionner avec conviction. Le dessin surtout.
Mais le dessin est une œuvre unique. Comme tel, il peut désormais faire l’objet de la même diffusion que le tableau par exemple (Cf l’article: COLLECTION / ATTRIBUTION : jusqu’à Sébastien Bourdon). C’est à l’époque, la gravure qui s’occupe de cette diffusion.
Toutefois, le dessin n’est pas goûté pour les seules formes qu’il définit et l’image qu’il véhicule. La nature du trait, la matière de l’outil utilisé – pierre noire, sanguine, fusain, craie, encre, lavis…- sont au cœur du regard de l’amateur.
Il n’est donc pas étonnant de voir apparaître vers 1735, un nouveau procédé de gravure chargé d’imiter à la perfection la nature de ce trait. Jean-Charles François devait en être l’inventeur, Gilles Demarteau un excellent utilisateur et Louis Marin Bonnet celui qui devait finalement dépasser les deux autres.
Le principe est identique aux gravures traditionnelles : une plaque de cuivre est " agressée " par un outil ou un acide qui la raye ou l’entame. De l’encre est ensuite passée sur cette plaque, puis essuyée. Seule, l’encre accumulée dans les creux subsiste. Une feuille de papier est alors appliquée sur la plaque, le tout est mis sous presse de manière à ce que l’encre résiduelle se " colle " sur le papier suivant les rayures et creusements tracés par le graveur. Les outils employées comme les pointes ou les burins, laissent alors des tracés qui ressemblent plus à des traits effectués à l’encre et à la plume qu’au fusain ou à la craie.
L’invention de la gravure en manière de crayon réside donc dans l’adaptation des outils : roulettes en tambour, roulette simple… permettant de traduire l’irrégularité et la vivacité du trait de crayon. Le résultat est saisissant.
La " Tête de Joseph " reproduite ici comporte une petite particularité supplémentaire. Elle ressemble (dans ses épaisseurs, son grain et son poudré) à un dessin à la pierre noire rehaussée de blanc. Or l’’encre noire et l’encre blanche ne peuvent être passées sur la même plaque de cuivre. C’est bien par le recours à deux plaques distinctes, deux impressions différentes et parfaitement ajustées que ce résultat devient possible. Que dire donc des gravures rendant les dessins " aux trois crayons " … ?
Le procédé n’est pas simple. Mais ce qui en résulte est révélateur d’un temps (et d’un esprit) qui voulait voir jusque dans ses fac-similés mêmes, l’essence matérielle de ses originaux.
Des eaux-fortes, ... c'est juste.
Le principe d'impression est le même ; qu'il s'agisse d'une eau-forte, d'une gravure au trait ou à la manière de crayon : une matrice généralement métalique encrée sert à tirer plusieurs épreuves sur papier. Tout ceci est donc très proche de l'imprimerie en effet (les développements de l'estampe et de l'imprimerie sont d'ailleurs conjoints).
La différence tient au mode d'agression de la plaque de cuivre (la matrice). On peut soit l'entamer directement avec une pointe ou un burin, soit couvrir préalablement la plaque d'un vernis mou. C'est cette seconde technique qui intéresse l'eau-forte. Dans ce vernis le motif est dessiné à l'aide d'une pointe par exemple. Ce faisant, la fine peau de vernis est enlevée par la pointe, laissant localement le cuivre à nu. C'est alors que l'on passe une solution acide (d'où le terme "eau-forte") sur la surface de la plaque. Cette solution n'attaque pas le vernis mais attaque et creuse le cuivre mis à nu (on parle de la "morsure"). Une fois le travail de gravure terminé, tout le vernis est ôté pour laisser notre plaque avec ses sillons creusés par l'acide. Reste à appliquer l'encre, l'essuyer, disposer la feuille, etc.
Au final, sur le papier, faire la différence entre une gravure au burin par exemple ou à l'eau-forte n'est pas toujours évident. On peut aussi mixer les procédés suivant l'effet souhaité.
J'espère avoir été clair. Merci pour ta curiosité Lung Ta.
Trés belle gravure, je ne connaissais pas ce type de technique.
Je suis donc allé rechercher Bonnet Louis Marin et je suis tombé sur le site: http//www.martinez-estampe.com
On y trouve une tête de femme ( portrait de Melle Deshayes gravé par Bonnet ) et où l'on explique ( dans la rubrique techniques) tous les types de gravures. Trés instructif..
Cette gravure serait-elle le début d'une nouvelle oeuvre?
En ce qui concerne ma peinture je pense que je vais opter pour un déplacement de personnage. à voir!
Trés sympas ces petites notes historiques.
Merci Jcmogat pour ce lien. Je ne connaissais pas ce site très riche, précis et avec des prix en plus ! Non, il ne s'agit pas du début d'une nouvelle oeuvre ; juste une pièce de plus dans ma rubrique "collection". Mais comme je ne suis pas indifférent aux divers modes de création d'mage ; disons que celle-ci à sa manière, participe à une réflexion globale.
Bien tes croquis sur ton blog. Déplacer des personnage relèverait donc de la composition. A voir en effet. Tu nous montreras le résultat.
Olivier, ah, ces objets qui nous tiennent ! pour ce qu'ils sont et ce qu'ils représentent. On doit être un peu fétichistes et matérialistes...
Merci à vous.
et l'eau forte ?
je viens de voir hier une expo sur James Tissot, et il y avait aussi en plus de ses peintures pas mal d'eaux fortes (on met un S au pluriel ?)
c'est plus proche de l'imprimerie ?