Jean Pierre BERTOZZI, Contrariété II , technique mixte sur toile, 60 cm x 92 cm. 2004.
Deux espaces joints s’équilibrent curieusement comme s'ils tiraient leur unité de leurs différences. Un titre laconique semble viser à faire de cette
opposition l’unique sujet de l’œuvre peut-être même l‘unique « discours » à y appliquer tant l’ensemble se satisfait pleinement du silence.
En somme, les différences, les jeux d’oppositions susciteraient une sorte de dynamique, de dialectique presque, là où l’équilibre et le silence
imposent fixité et sobriété.
A gauche, des surfaces de papiers marouflées, superposées, épluchées, déchirées, grattées, frottées, usées, essuyées, tachées, peintes… un peu à la
manière de Raymond Hains, offrent une diversité de textures lisses, plucheuses, velouteuses, tramées ou veinées que l’œil se plaît à fouiller en cherchant l’ordre des manipulations. Dans cette
partie, une histoire plastique s’est enregistrée : des actes, des gestes, des intentions, des résultats, des hésitations, des retours, du fait autant que du défait, des pauses, des
précipitations…. Tout s’y accumulerait jusqu’au brouillon si la géométrie régulière des feuilles de papiers n’avait imprimé une structure à cette géographie tachiste et informelle.
A droite, c’est le minimalisme d’un panneau gris à peine brossé de nuances qui s’oppose à la fièvre tempérée du volet gauche. Et alors que des noms
comme Tàpies ou Fautrier demandaient à remonter des empâtements, sous-couches et réserves, c’est Barnett Newman qui finalement vient en contrepoint ; toutes proportions gardées car
ces références ne sont certainement pas pour Jean Pierre Bertozzi une manière de discours portant sur l’histoire de la peinture abstraite. Et pourtant, si je sais pour m’être entretenu avec son
auteur, qu’au-delà de ce bel arrangement mat de gris, jaune paille, beige, havane, champagne, il y a des souvenirs de voyages, une part de matériaux extraits de la réalité banale liée à la
situation professionnelle du moment, il m’apparaît aussi que l’Abstraction en se nourrissant d’elle-même, trouve ici les moyens de se poursuivre. Non sans questionnements, sans doute, non sans
intimes contrariétés… certainement.

détail.
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c'est plus fort que moi la partie de gauche, j'y vois les falaises normandes!mais couchées!! et à droite le ciel, c'est banal, oui je sais mais c'est moi!! ;-)