
Portrait de prélat, Gazette de l’Hotel Drouot, hst, Ecole Française, XVIIIè siècle.
Des liens entre une collection et une attribution ou : de ces choses auxquelles le hasard n’est pas étranger.
Le 21 octobre 2005, La Gazette de l’Hôtel Drouot n° 36 publiait en page 161, l’image médiocre d’un tableau avec la légende suivante : " Ecole Française du XVIIIème siècle : huile sur toile encadrée, Portrait de prélat. Dim : 138 x 105 cm cadre bois sculpté "… Pour un peu, on serait mieux informé du cadre que de ce qu’il contient. L’œuvre est donc doublement anonyme : pas plus de nom pour l’auteur que pour le modèle. La composition triangulaire très marquée campe lourdement le personnage en même temps que son rang. C’est là la fonction du portrait. La qualité de la reproduction n’autorise aucun jugement sur la peinture elle-même et les traits peu gracieux du prélat n’invitent pas à voir le tout comme un beau tableau. C’est une autre particularité du portrait : on y confond souvent peinture et figure. Difficile d’aller plus loin donc. Sauf que…. Portrait de Joseph-Clément de Bavière, gravure d’ Audran d’après une peinture de Joseph Vivien, 59 x 41 cm. Vers 1715. … par hasard, il se trouve que j’ai dans ma collection cette gravure. C’est une gravure d’ Audran reproduisant le portrait de Joseph-Clément de Bavière, archevêque de Cologne, peint par Joseph Vivien. Je n’ai aucun mérite ; c’est marqué dessus ! Le lien avec l’oeuvre de la Gazette est évident. On y retrouve tous les éléments de la composition avec bien peu de variantes. A part le petit détail de la bague qui dans le tableau est portée à l’annulaire de la main posée sur l’accoudoir du fauteuil alors que sur la gravure, elle se retrouve sur l’autre main ; celle qui relève le manteau d’hermine dans un geste délicat. On pourrait penser que certains s’amusent avec bien peu en déplaçant ainsi des choses aussi discrètes. Mais c’est sans doute parce qu’un tel bijou est d’abord un attribut qui ne se porte qu’à la main droite. La technique de la gravure supposant souvent l’inversion, le graveur Audran aura remis l’objet à la bonne place : tout bonnement celle qui convient. En conclusion, je ne peux vérifier si cette peinture passée en vente à Nice, est bien de Joseph Vivien. Il peut s’agir d’une copie d’époque ou d’une œuvre d’atelier. Sans compter que cet artiste étant surtout connu par ses pastels, les caractéristiques de son écriture dans la peinture à l’huile sont encore à définir. Mais je me permets d’en faire ici l’hypothèse…avec l’aide du hasard.