Retour sur ma collection…
Jacques Callot (Nancy 1592- id. 1635) est un artiste qui ne peut être ignoré même de celui que la gravure intéresse peu.
A la différence des graveurs d’interprétation, notre Nancéien n’a pas cherché à mettre sa dextérité au service d’un quelconque peintre. Il invente. Ses nombreuses compositions relèvent donc de la gravure d’invention. Elles ont par conséquent tous les caractères de cet art graphique exprimés en des termes plus libres.

Jacques Callot, Le Catafalque de l’empereur Mathias, eau-forte et burin, 28 x 20 cm. 1619. Le cuivre de cette gravure se trouve au Musée historique lorrain à Nancy. Collection personnelle.
Le Catafalque de l’empereur Mathias, est un bon exemple de l’aptitude singulière de Callot à traiter simultanément et sans aucune contradiction, une vision très élargie et une description des plus détaillées. Dans de vastes espaces - ici l’intérieur de l’église San Lorenzo de Florence - c’est tout un monde qui se presse non comme une masse impersonnelle mais bien une foule composée d’individus échangeant ensemble, se recueillant en solitaire, soignant leurs mises ou se désignant par quelques gestes distraits. On entendrait presque les chuchotements des conversations s’élever doucement jusqu’au célèbre plafond à faux caissons de l’église florentine.

J. Callot, Catafalques de l’empereur Mathias, détail 3 x 3 cm.
Cet espace architectural est l’œuvre de Brunelleschi. Il existe encore. Si on en compare une vue contemporaine avec la description qu’en donne Callot, on mesure assez bien son souci d’en respecter l’effet d’ensemble et de rendre fidèlement la mise en scène ordonnées par Giulio Parigi à l’occasion de la cérémonie funéraire autour de la mort de l’empereur Matthias. Tout y est. : tentures, blasons, squelettes, candélabre, etc.
Aussi, la contemplation d’une telle gravure est-elle la source d’une satisfaction rare où la distance importe toujours. Comme si vous pouviez à loisir glisser d’une échelle à l’autre : associer la pointe d’une épée à la finesse du burin ou prendre la mesure d’un lieu enveloppant traduit par la perspective et de subtils jeux de valeurs qui témoignent d’une maîtrise parfaite de la morsure à l’eau-forte . On s’y attarde, on y demeure et on s’y perd … bien volontiers.
C'était l'époque de toutes les mesures ; des grandes comme des petites. De la pompe à l'anecdote, du catafalque au petit chien qui comme symbole de fidélité est aussi là pour montrer l'attachement de la population au défunt , j'imagine.
Au fait ! Callot est un des derniers représentants du maniérisme. Comme artiste singulière(ment) pratiquante bernadette, la bizarrerie maniériste, ça doit plutôt te parler.
oui et non tu as raison de citer le maniérisme en // avec les singuliers.
Pour la1ère fois l'art s'exprimait en rupture brutale avec la Renaissance (le traditionnel et le classique) Cette période de crise apporta de la fantaisie et de l'imagination mais cela restait raffiné et sophistiqué...et c'est là toute la différence avec les singuliers qui ont encore du mal à prendre place dans les mouvements d'art reconnu. Je pense que les débuts ont figuré essentiellement dans les asiles d'aliénés et cette idée a terni limage du mot ART pour certain cela destabilisait et encore maintenant il y a un grand chemin entre l'art asilaire et l'art avec toutes ses écoles ....
Je fais le chemin inverse et je me débarrasse d'un autre enfermement celui des institutions, des écoles qui figent l'esprit et la personnalité. Un juste compromi pourra me définir car en effet on n'arrive pas à chasser totalement l'acquis....je dirais les préjugés et les habitudes qui sclérosent.
Le frottement se fait avec l'idée que l'art doit toujours véhiculer du savoir ou au minimum du savoir- faire. C'est une vision qui n'empêche pas le spontané, une forme d'expression libre. L'art brut est un bon exemple des capacités de l'histoire de l'art à intégrer des choses qui semblent s'opposer à elle-même. L'art singulier, l'art brut, l'art populaire, l'art - hors-les-normes, etc. peuvent constituer des pratiques détachées d'un certain savoir mais la preuve est faite depuis longtemps qu'ils ont bien une place dans l'art moderne et contemporain.
La question est surtout de savoir dans quelle mesure on peut se déclarer artiste brut, artiste singulier; etc. c'est à dire dans quelle mesure peut-on pratiquer en ayant conscience de faire de l'art brut ou de l'art singulier (ou même tout simplement de faire de l'art)?
Ta position du juste compromis bernadette, est certainement la plus délicate mais en même temps, c'est une voie qui permet de travailler dans le "faussement naïf" et il y a là autant à faire que dans la recherche d'un désapprentissage total. Tu tiens là ta singularité.
c'était le temps de la démeusure les bâtisses devaient toucher le ciel !
je remarque la présence du petit chien.