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Mardi 5 septembre 2006

Le Cygne, Alexandre LAEMLEIN ( ?), 1813-1871, sanguine et pierre noire sur papier, 24 cm x 13,5 cm, vers 1850. Collection personnelle.

 

De prime abord, l’identification du " sujet " de ce dessin n’est pas immédiate. L’objet de la représentation y est aussi partiel que les moyens graphiques employés y sont exacerbés : démultiplication, accumulation, superposition de traits variés, repentirs manifestes, zones abouties et parties délaissées… ce qui permet sans doute à l’œil de mieux s’attacher  à l’aspect fondu de la sanguine, à son parcours nerveux, à son rouge argileux rehaussé par quelques incisions de pierre noire.

De cet ensemble à la fois hésitant et déterminé, finit toutefois par émerger une figure : celle d’un cygne. La verticalité du format, la vibration des traits, l’amorce d’un développement d’aile donne au balancement entre fini et non-fini des allures de mutation jusqu’à insuffler à cet oiseau quelque chose du Phénix. Personnellement, j’aime beaucoup.

Lorsque j’ai acquis ce dessin (avec deux autres de la même main), son ancien propriétaire le disait d’Alexandre Laemlein ; peintre d’histoire et portraitiste, graveur et lithographe né en Bavière en 1813, mort dans le Loir-et-Cher en 1871, formé auprès de Regnault et de Picot. Le BENEZIT, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, précise encore quelques données biographiques utiles à celui qui voudrait en savoir un peu plus. Pour ma part, la qualité du dessin me semblait suffisante pour être d’une bonne main.

Mes recherches m’ont conduit à croiser depuis quelques peintures de Laemlein : les portraits d’hommes célèbres du Musée du château de Versailles en particuliers. Quatre œuvres d’inspiration néo-gothique pas très enthousiasmantes, je dois l’avouer.

Du côté de son œuvre graphique, je n’ai trouvé pour l’instant que la reproduction de ce portrait de " Jacques Offenbach " signé et daté 1850, conservé à la BNF.

Portrait de Jacques Offenbach, Alexandre Laemlein, 1850, lithographie, BNF.

 

Croyant d’abord à un dessin, j’ai douté. Si en effet, on pouvait y retrouver un sens de la hachure comparable à celui qui traduit le plumage de notre cygne, il y avait une différence de taille : ces hachures orientées de haut en bas vers la droite étaient manifestement l’oeuvre d’un gaucher alors que celles de notre dessin orientées de haut en bas vers la gauche revenaient immanquablement à un droitier ! Le doute était d’autant plus justifié que la tenue du violoncelle par Offenbach (main gauche sur le manche, archet dans la main droite) quant à elle, était correcte, tout comme la signature de Laemlein ainsi que la date, lisibles à l’endroit. L’image n’était donc pas inversée. Et pourtant …

En cherchant encore, j’ai appris que ce document était en fait la reproduction d’une lithographie imprimée chez Lemercier à Paris en 1850. Hors, qui dit lithographie dit inversion droite/gauche. En lithographe averti, Laemlein avait sans doute compensé sur sa matrice même la tenue de l’instrument en faisant poser Offenbach l’archet à la main gauche et la main droite sur le manche du violoncelle. A l’impression de remettre les choses dans le bon sens. Les choses… mais pas les hachures.

L’attribution avancée par l’ancien détenteur de notre dessin - attribution motivée par le fait que cette feuille se trouvait parmi d’autres dans un carton au nom de Laemlein (ce qui fait un peu juste) – n’a donc finalement pas à être mise en doute.

D’autres comparaisons permettront même peut-être de la confirmer.

par van-acker publié dans : COLLECTION
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