
Académie d’homme de dos penché en avant, pierre noire et craie blanche sur papier bruni, 56 cm x 45 cm. Ecole française de la seconde moitié du XVIIIè siècle. Collection personnelle.
Difficile de déterminer avec certitude le statut de cette académie.
On sait qu’au cœur de l’enseignement dispensé par l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture aux XVIIè et XVIIIè siècles, l’étude du corps humain nu occupait une place de choix. De nombreuses écoles des Beaux Arts en ont d’ailleurs longtemps perpétué le souvenir plus ou moins édulcoré.
Mais l’approche de la chose était à l’origine plus méthodique. Avant de passer à l’étude d’après la bosse ou l’antique ( d’après la sculpture en somme), l’élève admis à l’Académie en classe élémentaire s’exerçait d’abord à copier des dessins de maîtres anciens ou contemporains ou encore quelque reproduction gravée de ces dessins. Des études graphiques originales de Carle Van Loo, Fragonard, Lagrenée…ainsi que des gravures de Demarteau, Le Bas, Petit, servaient ainsi régulièrement de modèles.
La belle qualité de notre spécimen ( bien qu’usé et un peu taché), ne m’invite pas à le considérer comme un travail de début d’apprentissage. Les proportions sont parfaitement maîtrisées, tout comme l’anatomie générale, la lumière et le trait.
Faut-il pour autant y voir un modèle original et en déduire que s’y cache la main d’un artiste prestigieux parmi ceux cités plus haut ? C’est une hypothèse (qui m’arrangerait !) mais il faudrait l’étayer par des comparaisons nourries. Le gourdin ( ?) sur lequel s’appuie le modèle suffirait-il seulement à imaginer une étude préparatoire de l'un d'eux pour un possible Hercule - en dernière analyse, bien frêle et passablement fatigué - ?
En revanche, si l’on revient au parcours de notre apprenti académicien, il est possible que ce dessin revête encore un autre statut : celui d’académie d’après nature. Dans ce cas, c’est plus en fin qu’en début de formation qu’il conviendrait de le situer car seul l’élève terminant son apprentissage du dessin pouvait prétendre à l’étude du modèle vivant.
Y constater aisance et maîtrise n’aurait alors plus rien d’étonnant : nous aurions tout simplement affaire à l’œuvre d’un bon élève. Et on peut s’en contenter…
Oui, c'est un très beau dessin , un peu défraîchi, mais beau.
ha, cocole la question du nu héroîque ! Le Voltaire nu de J-B Pigalle (vers 1770 - 75) , plus encore que le Balzac nu de Rodin je trouve, (qui adopte la pose altière du héros moderne) nous offre un spectacle de corps nu sans idéalisation peut-être plus déroutant. Respect de la nature, idéalisation, réalisme : jusqu'où ? pour qui? pour quoi ? voilà bien des questions qui traversaitent et animaient l' Académie.
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Ce dessin à quelque chose n'inachevé...
On dirait bien quand même une étude préparatoire...
Alors nous mettrons une retenue à cet élève pour "travail non fini".
Plus sérieusement didoff, la question de l'inachevé pour ce genre de dessin, est à prendre avec des pincettes. En lui-même, pour une étude de corps dans une attitude particulière, pour une traduction des volumes sous une lumière donnée, ce dessin est plutôt abouti. Objectivement même, s'il était question de chercher une attitude particulière pour un thème se rapportant à l'histoire d'Hercule (par exemple) , il en dit même trop au niveau de la description du modèle et pas assez au niveau de l'épisode illustré. En gros ce serait quel moment de quelle histoire ?
Formulé autrement, l'étude me semble trop poussée par rapport au caractère imprécis du thème de l'oeuvre qu'elle serait sensée préparer.
D'un autre côté, on connait des tableaux de Subleyras (XVIIIè donc) par exemple, dans lesquels le simple ajout de quelques détails fait basculer l'académie à un sujet bien déterminé (je pense à son "Charon passant les ombres sur le Styx" du Louvre). Dans ce cas, tu aurais raison, on pourrait parler d'étude préparatoire qui resterait à achever par l'adjonction de l'élément qui permettrait de tout préciser et de passer de l'exercice académique au tableau d'histoire.
Comme quoi, le statut de ce dessin n'est vraiment pas simple à déterminer...
... je pense qu'il s'agit d'une étude ... fort à mon goût ... j'adore les études de nus ...
le "détail" qui me frappe cependant et d'emblée est la contraction du muscle de la fesse gauche . Tout en admirant ce travail je me dis que ce muscle est trop étroit, qu'il lui manque un peu de volume sur la gauche ...
Je me risque à ce commentaire bien que n'étant ni experte en art ni en morphologie humaine ... en rien d'ailleurs ... juste une petite réflexion bien humble que m'inspire ce dessin que j'aimerais être capable de réaliser ...
bien à vous ...
C'est possible Sylvie. D'un autre côté c'est assez clairement la jambe d'appui. On peut imaginer que certaines tensions musculaires y soient d'ailleurs accentuées lors de la pose (une telle tension forcée est nettement visible pour le bras droit). Quoi qu'il en soit, je ne peux trancher. Avant comme après votre remarque, je n'y vois personnellement pas un détail frappant. Il participe même plutôt bien à la "dynamique" d'ensemble.
Merci pour votre passage et pour votre réflexion.
... je persiste à dire que cette fesse n'est pas assez charnue ... même si nous sommes d'accord : elle est le résultat d'un muscle contracté, au même titre que le bras droit (qui m'a frappé aussi d'ailleurs (-:) qui sont les appuis de ce corps tout en muscle ...
sourires à vous M. van acker ...
Alors n'allons pas plus avant dans cette histoire ... de fesse.
Sourires à vous aussi.