Ouvrir la rétrospective d'un artiste par son portrait n’est pas rare. C’est même une manière courante de faire connaissance ; une forme de présentation. Ouvrir la même rétrospective par un autoportrait doublerait ces présentations trop formelles d’une entrée en matière bien plus subtile et signifiante.
C’est à cette thématique que sensibilise d’emblée la très belle exposition Jacques Stella qui se tient actuellement au musée de Beaux-Arts de Lyon (jusqu’au 19 février 2007).
Vous trouverez sans peine, les quelques éléments biographiques qui vous permettront de situer ce peintre français du XVIIè siècle parmi les incontournables Nicolas Poussin, Simon Vouet, Sébastien Bourdon, Laurent de la Hyre, Eustache Le Sueur, Jacques Blanchard et j’en passe, la liste serait trop longue. Jacques Stella donc…

Portrait de Jacques Stella (Autoportrait ), hst , 84 x 67 cm, Lyon musée des Beaux-Arts.
C’est ce visage un peu dur qui accueil le visiteur de l’exposition lyonnaise. Qu’il s’agisse de l’image de Jacques Stella (1596 – 1657) ne fait aucun doute : elle est clairement identifiée par la nièce de l’artiste, Claudine Bouzonnet Stella qui fit la gravure du tableau même en précisant dans la lettre : Jacques Stella, Premier Peintre du Roy Chevalier de l’ordre de St Michel. La datation quant à elle, tourne autour de 1640 et s’accorde assez avec l’âge apparent du modèle entre quarante et cinquante ans. On peut donc passer au tableau suivant ; les présentations sont faites. Sauf qu’une observation plus attentive de cette peinture ne peut manquer de surprendre qui connaît un peu la manière de Stella. Dans un premier temps, on trouvera extraordinaire qu’un artiste puisse ainsi moduler son écriture au point de la rendre si directe et sentie quand elle nous semblait ailleurs si méditée et appliquée. Il est vrai qu’un portrait d’artiste - a fortiori un autoportrait - peut aussi offrir l’occasion de manifester quelques libertés. Puis, apparaît l’éventualité d’une attribution erronée. L’auteur ne serait pas celui avancé. L'autoportrait n'en serait donc pas un. Le doute remonte en fait à 1856 et depuis, plusieurs spécialistes ont proposé d’y reconnaître tour à tour la main de Vouet, de Bourdon et même de Hals, entre autres, pour s’accorder finalement sur Stella. Le catalogue de l’exposition nous informe toutefois que Jean-Pierre Cuzin prépare une nouvelle proposition (à paraître) en avançant le nom de Charles Le Brun. Même s’il faut attendre la parution de l’article et même si cette proposition semble déjà rencontrer quelques réticences, je la trouve plutôt convaincante lorsque je compare le Portrait de Stella qui nous occupe à celui de Louis Testelin peint par Le Brun et qui lui est sensiblement contemporain. Louis Testelin, par Charles Le Brun, hst, 64 x 52 cm , vers 1650, Paris musée du Louvre.
Même simplicité efficace de la mise en page, même détachement du modèle sur un fond neutre, beaucoup de similitudes dans le traitement des carnations, des cheveux, du col blanc et du manteau… Ces deux œuvres semblent en effet témoigner de sensibilités suffisamment proches pour émaner d’un seul et même auteur. Alors, si vous vous rendez au musée des Beaux-Arts de Lyon, en faisant connaissance avec le Portrait de Stella, dites-vous qu'il se peut que la main qui vous est tendue en guise de salut… ne soit tout simplement pas la bonne. 
Ben merci eti_n. J'ai bien reçu tes visuels de la bouée explosée (mais plutôt bien ! et à conserver !) et de l'autre que l'on voit peu finalement. ..
Oui, car eti_n, entre autre, fait des bouées... cassables mais non dégonflables... Enfin si vous voulez en savoir plus, vous pouvez toujours faire un saut chez lui.
Toujours aussi intéressant ces articles sur la peinture, merci Van Acker...
Euh, moi contrairement à Bernadette ça ne me tente pas du tout...
Belle découverte ou redécouverte d'un peintre passé sous silence jusqu'ici, à l'ombre d'un Poussain.
La contreverse est réelle quant à l'attribution de ce portrait.
J'aime beaucoup aussi "Sainte-Cécile,avec vue sur la villa Médicis" d'une composition curieuse à mon goût.
Est-ce à dire que tu as déjà la moustache bernadette ?
De rien didoff. C'est tant mieux, si vous commencez tous à vous déguiser ça va faire Village People après.
Oui, jp, un artiste un peu méconnu. Il est pourtant largement représenté dans la plupart des grands musées nationaux et n'importe quel amateur de peinture française du XVIIè siècle le considère aujourd'hui comme incontournable. Cette exposition est une très bonne occasion d'en mesurer le pourquoi.
J'ai vu cette sainte Cécile. Elle est peinte sur un grand cuivre. Je ne sais pas ce qui dans une telle composition, te semble curieux. Personnellement, j'y vois une espèce de mélange d'influences. Le haut m'évoque un peu Horace Leblanc (un autre peintre lyonnais) et le bas est proche de Guido Réni. Stella y est déjà sans y être pleinement affirmé.
Votre intervention sur ce blog, Mr Kerspern, est tout simplement... un honneur. J'ai,entre autres ouvrages auxquels vous avez contribué, votre monographie sur Jean Senelle.
Concernant ce tableau, j'aurais peine à m'opposer aux arguments d'un historien d'art qui connaît en détail la peinture française du XVIIè siècle et l'art de Jacques Stella en particulier. Pour ma part, la comparaison de ce tableau avec celui de Vic m'a plus conduit à noter des différences que des ressemblances. La visite de l'exposition de Lyon ne m'a pas permis de le faire entrer en résonance avec une ou plusieurs autres oeuvres de Stella. Il est vrai que le schéma correspond bien à celui d'un autoportrait, qu'il serait curieux que Claudine Bouzonnet Stella n'ait fait référence à Le Brun sur sa gravure, que J Thuillier, Gilles Chomer se sont raliés à la tradition selon laquelle il s'agit bien d'un autoportrait, mais je ne parviens pas à m'en persuader. Non par a priori - comme si Stella était incapable d'une telle peinture - mais parce que je ne trouve pas ce lien qui vous, vous persuade. Intuitivement, l'hypothèse Le Brun me semble plausible mais peut-être que la comparaison directe avec le portrait de Testelin m'en dissuaderait. A ce jour, je n'ai toujours pas connaissance de l'analyse de J. P. Cuzin.
Merci pour vos encouragements concernant ce blog. En simple amateur, je partage pour l'essentiel, l'approche " indépendante" et ouverte de l'histoire de l'art que vous cultivez sur votre site et je suis déjà abonné à l'enrichissante Tribune de l'Art. J'espère donc avoir rapidement l'occasion de vour relire ici. Merci encore.