
Sigmar Polke, Günter Brus, impression offset sur papier 29 cm x 23 cm, signée à la mine de plomb et numérotée 162/175. 1973. Collection personnelle.
Avec Sigmar Polke c’est la connotation, le pouvoir, la neutralité, le statut, le fond, la forme autant que les divers procédés de fabrication de l’image que l’on traverse toujours.
Le travail plus complexe que protéiforme de cet artiste allemand né en RDA en 1941, passé à l’Ouest en 1953, se caractérise par une traduction particulière du Pop Art en un " réalisme capitaliste " débouchant sur une imagerie plus acide et plus critique que celle proposée par Roy Lichtenstein ou Andy Warhol au début des années 60 : une sorte d’engagement qui doit finalement beaucoup à Joseph Beuys.
On y retrouve donc souvent ; publicités, articles, images de presse, de bandes dessinées et références issues d’une longue tradition à caractère historique, invités à l’intérieur d’un même espace pictural, à dialoguer dans un langage à la fois populaire – voire trivial - et savant, ironique et sérieux. En ce sens, Polke peut bien être qualifié d’éclectique. D’autant plus que dans l'élaboration même de ces œuvres se croisent pêle-mêle ; peinture, gravure, photographie, sérigraphie, pochoirs et autres interventions manuelles directes régulièrement guidées par la curiosité de l’expérimentation.
De tels télescopages et superpositions sont soutenus par une réelle réflexion … mais aussi, une réelle gratuité toute dadaïste. Sigmar Polke compte donc parmi les artistes contemporains les plus déroutants.
Ce " Günter Brus " de 1973 ne rend pas compte à lui seul de la richesse de Polke. Avec cet offset, on accède à cette part de recherche, de manipulation de la photographie dans sa phase de développement (ici exposition à la lumière inactinique), dans sa chimie même qui conduit à une perte progressive, une disparition du sujet. Dans ce qui n’est autre qu’un portrait d’artistes, la forme humaine s’efface au profit d’un effet de solarisation directement emprunté à l’underground. L’identité de Gûnter Brus se dissout ainsi dans une réflexion possible sur l’image mécaniquement reproductible. Avec elle, c’est l’unicité de l’acte artistique qui trouve à se multiplier jusqu’à sa perte consciente… à peine rattrapée par une signature autographe à la mine de plomb.