
Ludovic Janssen, Passy, Haute Savoie, huile sur panneau, 33 cm x 41 cm, signée en bas à droite. Inscription au dos : " Passy Haute Savoie, 1929, Ludovic Janssen, rue des Eglantiers, Liège ". Collection personnelle.
En un point haut, une carapace de planches s’appuie fermement sur une maçonnerie épaisse. C’est une de ces constructions rurales aux usages imbriqués. Autour, personne. L’absence de figure humaine vide le paysage de toute anecdote et en relativisant l’échelle, installe le motif dans une sorte d’isolement monumental qui lui donne sa force plastique. Avec la présence discrète de quelques effets impressionnistes, une touche très affirmée, nourrie, un coloris serré dans les gris, bruns, blanc cassé, bleus gris rehaussé de bleu vif et de vert cru… cette manière de hisser certains constituants du paysage par un point de vue travaillé, une mise en page très structurée, me semble être une des caractéristiques de Ludovic Janssen. En cela, il apparaît aussi comme un très bon représentant de cette Ecole belge de la première moitié du XX ème siècle pour laquelle le paysage reste décidément un genre inépuisable.
Ce peintre, décorateur, dessinateur et illustrateur liégeois né en 1888, mort en 1954 a beaucoup produit : vues de la Campine, des environs de Liège, de Bruges, de la Bretagne, du Midi, de l’Italie... Il n’est donc pas rare. Sa formation partagée entre l’institut de Saint-Luc et l’académie des beaux-arts de Liège s’est enrichie auprès de Ludovic Bauès, Emile Berchmans, Carpentiers, Adrien de Witte et Jean Ubaghs, pour lui permettre de participer activement à divers Salons de peinture dans sa ville natale au point de s’y faire remarquer. C’est entre 1920 et 1940 que sa peinture est consacrée. Comme conclusion à ce parcours honorable, la charge d’enseignant à l’académie de Liège lui sera finalement confiée en 1941.
Rien de bien spectaculaire donc. Mais je l’ai déjà dit, ne concevoir l’histoire de l’art qu’en terme d’avant-garde, d’innovation et de rupture, conduit trop souvent à négliger un ensemble de pratiques certes disparates mais qui ne sont pas moins représentatives de leur époque. Que notre regard soit ainsi faussé est une chose, que quantité d’artistes se voient du même coup ignorés voire méprisés en est une autre… Dans les deux cas, il y a comme une erreur.
Complément

Ludovic Janssen, Jour de pluie à Bruges, huile sur toile, 60 cm x 74 cm, vers 1930. Cliché ancien. Musée de l’Art Wallon.

Ludovic Janssen, Octobre 1933, huile sur toile, 73 cm x 70 cm, 1933. Cliché ancien. Administration des beaux-arts de Bruxelles.
Disons DETAILS que l'intention n'est pas de négliger ouvertement tel ou tel. Ce serait plutôt une conséquence. On traite largement certaines figures majeures, certains courants en les considérant comme essentiels (ce qui est vrai) et ils finissent par passer pour "dominants" (ce qui l'est souvent moins). Présenter l'histoire comme une suite d'innovations, de ruptures relève du raccourci et connote tout ce qui n'y participe pas.
Alors, effectivement, Janssen n'est pas méprisé puisqu'il a sa place dans le Dictionnaire des Peintres Belges, qu'il est coté et assez prisé, que les beaux-arts de Liège lui ont consacré une rétrospective en 1988 mais je voulais en souligner l'intérêt en dépit de toute dimension spectaculaire ou novatrice. La connaissance que l'on en a reste très localisée, il faut l'admettre. Enfin bon, ... moi aussi j'aime bien ses paysages simples et plutôt puissants.
Parfois des artistes font partie d'un mouvement ou d'une époque, pas parcequ'ils en sont les précurseurs, mais tout simplement parcequ'ils se sont trouvés là à ce moment même. C'est pas pour ça, qu'ils sont négligés... mais surtout pas méprisés!
Ton artiste, est loin d'être méprisé, en tout cas, j'aime bien la simplicité de ses toiles...