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Mardi 10 avril 2007

 

Ludovic Janssen, Passy, Haute Savoie, huile sur panneau, 33 cm x 41 cm, signée en bas à droite. Inscription au dos : " Passy Haute Savoie, 1929, Ludovic Janssen, rue des Eglantiers, Liège ". Collection personnelle.

 

      En un point haut, une carapace de planches s’appuie fermement sur une maçonnerie épaisse. C’est une de ces constructions rurales aux usages imbriqués. Autour, personne. L’absence de figure humaine vide le paysage de toute anecdote et en relativisant l’échelle, installe le motif dans une sorte d’isolement monumental qui lui donne sa force plastique. Avec la présence discrète de quelques effets impressionnistes, une touche très affirmée, nourrie, un coloris serré dans les gris, bruns, blanc cassé, bleus gris rehaussé de bleu vif et de vert cru… cette manière de hisser certains constituants du paysage par un point de vue travaillé, une mise en page très structurée, me semble être une des caractéristiques de Ludovic Janssen. En cela, il apparaît aussi comme un très bon représentant de cette Ecole belge de la première moitié du XX ème siècle pour laquelle le paysage reste décidément un genre inépuisable.

Ce peintre, décorateur, dessinateur et illustrateur liégeois né en 1888, mort en 1954 a beaucoup produit : vues de la Campine, des environs de Liège, de Bruges, de la Bretagne, du Midi, de l’Italie... Il n’est donc pas rare. Sa formation partagée entre l’institut de Saint-Luc et l’académie des beaux-arts de Liège s’est enrichie auprès de Ludovic Bauès, Emile Berchmans, Carpentiers, Adrien de Witte et Jean Ubaghs, pour lui permettre de participer activement à divers Salons de peinture dans sa ville natale au point de s’y faire remarquer. C’est entre 1920 et 1940 que sa peinture est consacrée. Comme conclusion à ce parcours honorable, la charge d’enseignant à l’académie de Liège lui sera finalement confiée en 1941.

Rien de bien spectaculaire donc. Mais je l’ai déjà dit, ne concevoir l’histoire de l’art qu’en terme d’avant-garde, d’innovation et de rupture, conduit trop souvent à négliger un ensemble de pratiques certes disparates mais qui ne sont pas moins représentatives de leur époque. Que notre regard soit ainsi faussé est une chose, que quantité d’artistes se voient du même coup ignorés voire méprisés en est une autre… Dans les deux cas, il y a comme une erreur.

 

Complément

 

Ludovic Janssen, Jour de pluie à Bruges, huile sur toile, 60 cm x 74 cm, vers 1930. Cliché ancien. Musée de l’Art Wallon.

 

 Ludovic Janssen, Octobre 1933, huile sur toile, 73 cm x 70 cm, 1933. Cliché ancien. Administration des beaux-arts de Bruxelles.

par van-acker publié dans : COLLECTION
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Commentaires

Dans l'histoire de l'art, il faut bien faire des catégories, quand on parle de rupture, de changement ou d'innovation, c'est pas pour négliger les autres, c'est pour démarquer une époque...
Parfois des artistes font partie d'un mouvement ou d'une époque, pas parcequ'ils en sont les précurseurs, mais tout simplement parcequ'ils se sont trouvés  là à ce moment même. C'est pas pour ça, qu'ils sont négligés... mais surtout pas méprisés!
Ton artiste, est loin d'être méprisé, en tout cas, j'aime bien la simplicité de ses toiles...
commentaire n° : 1 posté par : DETAILS (site web) le: 10/04/2007 19:15:57

Disons DETAILS que l'intention n'est pas de négliger ouvertement tel ou tel. Ce serait plutôt une conséquence. On traite largement certaines figures majeures, certains courants en les considérant comme essentiels (ce qui est vrai) et ils finissent par passer pour "dominants" (ce qui l'est souvent moins). Présenter l'histoire comme une suite d'innovations, de ruptures relève du raccourci et connote tout ce qui n'y participe pas.


Alors, effectivement, Janssen n'est pas méprisé puisqu'il a sa place dans le Dictionnaire des Peintres Belges, qu'il est coté et assez prisé, que les beaux-arts de Liège lui ont consacré une rétrospective en 1988 mais je voulais en souligner l'intérêt en dépit de toute dimension spectaculaire ou novatrice. La connaissance que l'on en a reste très localisée, il faut  l'admettre. Enfin bon, ... moi aussi j'aime bien ses paysages simples et plutôt puissants.

commentaire n° : 2 posté par : van acker (site web) le: 10/04/2007 20:40:07
J'aime beaucoup "jour de pluie à Bruges". Le traitement du reflet est assez fabuleux.
Lire ton blog est une source de découverte, alimenté par une curiosité aigue.
L'avant garde est un indicateur orienté d'une époque. Chaque aire porte une multitude de propositions, certaines sont portées au devant de la scène, d'autres restent dans les cartons ou dans les salles obsures. Mais nul doutes que chaque proposition porte une situation singulière et simplement belle par le fait qu'elle soit réalisée. Les oeuvres majeures ne jaillissent pas du néant, elles se nourrissent de celles qui leur sont contemporaines. C'est ce que l'on appelle la culture.
Il y a quelque chose qui me plait et me flatte par le regard que tu portes sur mon propre travail, et dans l'interête que tu portes à en posséder une oeuvre.
commentaire n° : 3 posté par : &ti_n (site web) le: 11/04/2007 00:02:00
ces toiles me donnent une impression de terre, de sol.
arrête de rire, c'est juste que je ne sais comment exprimer ce que je ressens.
à observer les trois, je me sens comme plaquée au sol,je le ressens, il n'est pas seulement là représenté, il est plus important, puis notre regard va vers le haut, par des touches verticales, notre regard monte et même si le ciel n'est que peu présent, c'est  vers lui que l'on va, c'est le sens d'observation, du bas vers le haut.
au passage on rencontre soit une maison soit un pont, ou un arbre,mais tous nous mènent la-haut
commentaire n° : 4 posté par : cocole (site web) le: 11/04/2007 11:55:19
ah oui cocole...
les destinées célestes!
commentaire n° : 5 posté par : &ti_n (site web) le: 12/04/2007 00:06:04
Oui &ti_n, et en même temps je ne sais pas si le seul fait d'avoir été réaliséé, pour toute proposition, est un critère suffisant. Pour celui qui produit peut-être. Mais l'oeuvre d'art a une dimesion collective. C'est ce passage de l'un à l'autre qui la caractérise. Pour être honnête, il faut avouer que depuis un bon moment, l'histoire de l'art s'attache à corriger le tire au point qu'aujourd'hui, du Louvre au Centre Pompidou pour n'évoquer que ces institutions, le problème de la quantité d'oeuvres conservées se pose avec insistance. Alors, peut-on tout retenir, tout conserver de cette histoire ? comment en avoir une vision à la fois restreinte et juste ? Pour ce qui est du regard que je porte à ton travail &ti_n, tout le plaisir est pour moi. Rien de risible cocole. On voit très bien ce que tu veux dire par cette présence du sol. C'est souvent une perspective qui vient nous chercher très bas dans le tableau, qui nous happe vers un motif décalé en hauteur. C'est très dynamaique et je pense à certains cadrages photographiques ou cinématographiques. Mais je ne sais pas si Janssen travaillait à l'aide de photographies. Merci pour vos interventions.
commentaire n° : 6 posté par : van acker (site web) le: 12/04/2007 09:12:28
Merci pour ton commentaire sur mon Blog!
Je suis très touchée par les oeuvres de ce Ludovic Janssen, que je découvre. Il n'a certes pas inventé un genre nouveau, mais son travail dégage quelque chose de très émouvant, réveille des échos enfouis.
commentaire n° : 7 posté par : Anne (site web) le: 15/04/2007 15:11:50
Entre rupture et réminiscence Anne. C'est peut être entre ces deux eaux que l'art circule.
commentaire n° : 8 posté par : van acker (site web) le: 15/04/2007 18:58:29

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