Anges, transvasant un liquide. Sanguine et encre brune au pinceau et à la plume sur papier, 18 cm x 13 cm. Collection personnelle.
Donc, je collectionne…
La visite d’expositions, de galeries et de musées permet un rapport étroit avec les œuvres les plus diverses. La pratique pour sa part, place l’auteur au cœur des modalités de mise en œuvre jusqu’à le mettre définitivement à l’écart d’un jugement critique et objectif de cette portion de l’œuvre qui s’offre d’emblée au " premier coup d’œil " . En cela, rien de nouveau. Mais de quoi relève la collection ? besoin de posséder ? obsession compulsive ? sauvegarde ? effet de mode ? mondanité ? Dans tous les cas il est à craindre qu’elle ne s’accommode plutôt volontiers du futile voire du vaniteux ; travers que certains jugeront d’autant plus condamnables qu’ils s’accompagnent d’une irrépressible folie dépensière.
Pour ma part, la collection personnelle, plus encore que l’exposition, la galerie ou le musée, permet de m’approcher davantage de l’objet d’art, de le manipuler, l’observer, le scruter à tout moment, d’y voir ce qui dans sa fabrication échappe lorsque la distance et le temps vous sont comptés alors que vous en partagez l’observation avec d’autres en d’autres circonstances. C’est donc toujours cette meilleur compréhension du " faire " qui m’anime avec cet avantage particulier que cette compréhension ci ne prive pas de l’enseignement du jugement par " le premier coup d’œil ".
De ce petit dessin, je ne sais rien. Son thème, sa mise en page - malgré les manques -, sa finesse et sa tonalité, en font un dessin très agréable. L’observation poussée fait remarquer un premier tracé à la sanguine (contours et hachures) étalé par endroits, une dispositions des ombres au lavis intervenant après une reprise des contours à l’encre brune. Cette dernière écriture est particulièrement intéressante : épaisse et appuyée pour porter l’accent sur quelques courbes (hanches, mollets) ainsi que quelques creux ( paupières, front, nez, joue, boucles) ; plus légère et machinale quand elle décrit les ailes ou le drapé. Les reprises d’une même ligne s’accumulent parfois à la sanguine ou à l’encre avec de faibles décalages animant ainsi les contours d’une incessante vibration. Dans ses menus détails, ce petit dessin est donc une leçon graphique. Il enseigne à sa manière mais ça n’est pas tout.
Son attribution est certes affaire de spécialiste. Il n’empêche qu’elle vous incite à émettre des hypothèses, à chercher à les vérifier autant qu’à les invalider. La fluidité du trait, la souplesse de la ligne me poussent à penser ce dessin dans un contexte italien (une inscription manuscrite au revers semble le confirmer). Le Musée des Beaux Arts d’Orléans conserve une Délivrance de saint Pierre de Giorgio Vasari (1511 – 1574) assez proche de notre feuille par l’esprit. Toutefois, si l’auteur de cette dernière montre un sens de la posture un peu contrainte, un sens du déséquilibre compensé, de la ligne autonome, j’ai peine à y reconnaître un dessin pleinement maniériste. C’est pourquoi, il me semble qu’une datation dans les limites du XVIIème siècle me paraît plus probable.
J’en suis là pour l’instant. Et mon incapacité à en extraire plus de données n’enlève rien à la qualité de ce dessin.
Si par ailleurs vous avez une opinion sur la question, des suggestions ; celles-ci sont évidemment les bienvenues.