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Dimanche 28 janvier 2007

     

      Ouvrir la rétrospective d'un artiste par son portrait n’est pas rare. C’est même une manière courante de faire connaissance ; une forme de présentation. Ouvrir la même rétrospective par un autoportrait doublerait ces présentations trop formelles d’une entrée en matière bien plus subtile et signifiante.

C’est à cette thématique que sensibilise d’emblée la très belle exposition Jacques Stella qui se tient actuellement au musée de Beaux-Arts de Lyon (jusqu’au 19 février 2007).

Vous trouverez sans peine, les quelques éléments biographiques qui vous permettront de situer ce peintre français du XVIIè siècle parmi les incontournables Nicolas Poussin, Simon Vouet, Sébastien Bourdon, Laurent de la Hyre, Eustache Le Sueur, Jacques Blanchard et j’en passe, la liste serait trop longue. Jacques Stella donc…

 

Portrait de Jacques Stella (Autoportrait ), hst , 84 x 67 cm, Lyon musée des Beaux-Arts.

 

C’est ce visage un peu dur qui accueil le visiteur de l’exposition lyonnaise. Qu’il s’agisse de l’image de Jacques Stella (1596 – 1657) ne fait aucun doute : elle est clairement identifiée par la nièce de l’artiste, Claudine Bouzonnet Stella qui fit la gravure du tableau même en précisant dans la lettre : Jacques Stella, Premier Peintre du Roy Chevalier de l’ordre de St Michel. La datation quant à elle, tourne autour de 1640 et s’accorde assez avec l’âge apparent du modèle entre quarante et cinquante ans. On peut donc passer au tableau suivant ; les présentations sont faites.

Sauf qu’une observation plus attentive de cette peinture ne peut manquer de surprendre qui connaît un peu la manière de Stella. Dans un premier temps, on trouvera extraordinaire qu’un artiste puisse ainsi moduler son écriture au point de la rendre si directe et sentie quand elle nous semblait ailleurs si méditée et appliquée. Il est vrai qu’un portrait d’artiste - a fortiori un autoportrait - peut aussi offrir l’occasion de manifester quelques libertés. Puis, apparaît l’éventualité d’une attribution erronée. L’auteur ne serait pas celui avancé. L'autoportrait n'en serait donc pas un.

Le doute remonte en fait à 1856 et depuis, plusieurs spécialistes ont proposé d’y reconnaître tour à tour la main de Vouet, de Bourdon et même de Hals, entre autres, pour s’accorder finalement sur Stella.

Le catalogue de l’exposition nous informe toutefois que Jean-Pierre Cuzin prépare une nouvelle proposition (à paraître) en avançant le nom de Charles Le Brun.

Même s’il faut attendre la parution de l’article et même si cette proposition semble déjà rencontrer quelques réticences, je la trouve plutôt convaincante lorsque je compare le Portrait de Stella qui nous occupe à celui de Louis Testelin peint par Le Brun et qui lui est sensiblement contemporain.

 

Louis Testelin, par Charles Le Brun, hst, 64 x 52 cm , vers 1650, Paris musée du Louvre.

 

Même simplicité efficace de la mise en page, même détachement du modèle sur un fond neutre, beaucoup de similitudes dans le traitement des carnations, des cheveux, du col blanc et du manteau… Ces deux œuvres semblent en effet témoigner de sensibilités suffisamment proches pour émaner d’un seul et même auteur.

Alors, si vous vous rendez au musée des Beaux-Arts de Lyon, en faisant connaissance avec le Portrait de Stella, dites-vous qu'il se peut que la main qui vous est tendue en guise de salut… ne soit  tout simplement pas la bonne. 

 

 

 

 

 
par van-acker publié dans : ATTRIBUTION
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Samedi 30 septembre 2006

Je mourrai un jour, d’être trop patient.

 

     En mai 2003, je visitais le Musée de la Marine de Loire à Châteauneuf-sur-Loire ; un musée qui comme son nom l’indique consacre l’essentiel de sa présentation à … la marine de Loire. Pas de raison particulière, d’y croiser un objet remarquable. Je m’y rendais par simple curiosité et divertissement dominical. Nous avions des invités…

En fin de parcours pourtant, je croisais de loin cette somptueuse sainte Catherine d ‘Alexandrie.

 

 

 Sainte Catherine d’Alexandrie, hst, Musée de Châteauneuf sur Loire.

 

 

L’image m’était connue. Je la re-connaissais donc mais avec confusion. Un coup d’œil au cartel placé sous le cadre me permettait de comprendre qu’il s’agissait d’une œuvre anonyme appartenant à l’école française du XVIIème siècle. Anonyme ? impossible ! et tout en scrutant la toile, en usant du recul pour retrouver le premier regard qui m’avait fait voir cette image si " familière ", c’est le nom de Blanchard qui s’imposait.

J’avais, j’en étais certain, un Jacques Blanchard sous les yeux. Le traitement nacré des carnations, le vaporeux des cheveux, la belle lumière tiède, cette posture en léger déséquilibre prise dans un jeu savant de courbes et de contre-coubes qu’une oreille dégagée semblait concentrer en petit dans ses plis compliqués... Le type féminin au visage rempli, tendu vers l’avant et doucement basculé sur le côté... Connaissant La Vierge avec saint Jean-Baptiste et sainte Elisabeth de L’Art Institut de Chicago, le tableau de Musée de la Marine de Loire ne pouvait manquer de résonner en moi.

 

Jacques Blanchard, Vierge à l’Enfant avec st Jean-Baptiste et sainte Elisabeth, (détail) hst, 94 x 122 cm, Chicago, The Art Institut.

 

 

 

      

 Et ce d’autant plus que j’avais déjà croisé dans le catalogue Jacques Blanchard 1600- 1638 de J.Thuillier (1998), page 143, cette gravure de C. David qui montre la version gravée semblant manifestement se rapporter au tableau qui nous occupe.

 

 Charles David, Sainte Catherine d’Alexandrie d’après J. Blanchard. Gravure, 24 x 17 cm. Vers 1630.

 

 Après vérification, j’ai pu constater que pour J. Thuillier, ce tableau était alors considéré comme " perdu ".

L’avais-je retrouvé ?

 

Lors d'un rendez-vous avec Mme Dupraz, conservatrice du Musée, en mai 2003, j’ai su que la toile venait d’être restaurée, qu’elle avait été vue à cette occasion par un spécialiste qui la rattachait sans grande conviction, à l’entourage de Claude Vignon. Aucun recoupement officiel avec Blanchard donc. Tous les espoirs restaient permis.

Je décidais alors de ne pas informer Mme Dupraz de ma découverte probable, ne serait-ce que pour éviter d’ajouter à la confusion ; mon avis même le plus buté, n’ayant aucune valeur scientifique.

Je me tournais plutôt vers M Dominique Brême un de mes anciens professeurs à l’Université de Lille III,  qui s’est rapidement et fort aimablement déplacé pour voir le tableau à Châteauneuf-sur-Loire. Selon lui aussi, il s’agissait bien d’un Blanchard.

Restait à publier " l’affaire " par le biais d’un article auquel il apporterait la caution scientifique nécessaire. Il lui fallait regrouper d’autres nouveautés sur notre peintre, trouver le meilleur espace pour cette publication et surtout, il lui fallait trouver du temps à y consacrer. Je suis d’un naturel patient. J’ai donc patienté trois années, prenant ou recevant quelques nouvelles de temps à autre. Puis, plus aucune.

 

J’ai appris, il y a quelques jours que par un article passé dans la Revue du Louvre d’avril 2006, Moana Weil-Curiel proposait de rendre la sainte Catherine du Musée de la Marine de Loire à … Jacques Blanchard. Je ne sais rien de cette personne dont il faut saluer la perspicacité.

 

Content finalement que l’injuste anonymat qui recouvrait une œuvre aussi remarquable soit officiellement levé. Content mais aussi un peu amère, même si je sais qu’à travers ce sentiment d’amertume c’est essentiellement la vanité qui parle.

 

 

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Mercredi 8 février 2006

Portrait de prélat, Gazette de l’Hotel Drouot, hst, Ecole Française, XVIIIè siècle.

Des liens entre une collection et une attribution ou : de ces choses auxquelles le hasard n’est pas étranger.

 

    Le 21 octobre 2005, La Gazette de l’Hôtel Drouot n° 36 publiait en page 161, l’image médiocre d’un tableau avec la légende suivante : " Ecole Française du XVIIIème siècle : huile sur toile encadrée, Portrait de prélat. Dim : 138 x 105 cm cadre bois sculpté "… Pour un peu, on serait mieux informé du cadre que de ce qu’il contient.

    L’œuvre est donc doublement anonyme : pas plus de nom pour l’auteur que pour le modèle.

    La composition triangulaire très marquée campe lourdement le personnage en même temps que son rang. C’est là la fonction du portrait.

    La qualité de la reproduction n’autorise aucun jugement sur la peinture elle-même et les traits peu gracieux du prélat n’invitent pas à voir le tout comme un beau tableau. C’est une autre particularité du portrait : on y confond souvent peinture et figure. Difficile d’aller plus loin donc. Sauf que….

 

Portrait de Joseph-Clément de Bavière, gravure d’ Audran d’après une peinture de Joseph Vivien, 59 x 41 cm. Vers 1715.

 

… par hasard, il se trouve que j’ai dans ma collection cette gravure. C’est une gravure d’ Audran reproduisant le portrait de Joseph-Clément de Bavière, archevêque de Cologne, peint par Joseph Vivien. Je n’ai aucun mérite ; c’est marqué dessus !

 

    Le lien avec l’oeuvre de la Gazette est évident. On y retrouve tous les éléments de la composition avec bien peu de variantes. A part le petit détail de la bague qui dans le tableau est portée à l’annulaire de la main posée sur l’accoudoir du fauteuil alors que sur la gravure, elle se retrouve sur l’autre main ; celle qui relève le manteau d’hermine dans un geste délicat. On pourrait penser que certains s’amusent avec bien peu en déplaçant ainsi des choses aussi discrètes. Mais c’est sans doute parce qu’un tel bijou est d’abord un attribut qui ne se porte qu’à la main droite. La technique de la gravure supposant souvent l’inversion, le graveur Audran aura remis l’objet à la bonne place : tout bonnement celle qui convient.

   En conclusion, je ne peux vérifier si cette peinture passée en vente à Nice, est bien de Joseph Vivien. Il peut s’agir d’une copie d’époque ou d’une œuvre d’atelier. Sans compter que cet artiste étant surtout connu par ses pastels, les caractéristiques de son écriture dans la peinture à l’huile sont encore à définir. Mais je me permets d’en faire ici l’hypothèse…avec l’aide du hasard.

 

par van-acker publié dans : ATTRIBUTION
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Samedi 19 novembre 2005

Vierge à l'Enfant, Ecole française, XVIIè siècle, huile sur toile rentoilée, 86 x 69 cm (photo. La Gazette de Drouot, 1er juillet 2005, N°26, p. 78.

JACQUES BLANCHARD, La vierge à l'Enfant (endormi, à la chaise de bois), gravure anonyme publiée chez Le Blond, 31,8 x 22 cm (reproduite dans Thuillier, Jacques Blanchard 1600-1638, Musée des Beaux -Arts de Rennes, cat. p. 271, 1998.

     Dans l’article " Un dessin italien de XVIIè siècle ? ", je précisais que l’attribution d’une œuvre d’art était affaire de spécialiste. Il faut bien en effet, pour être validée, que toute hypothèse reçoive un soutien scientifique susceptible de faire office de caution. Mais rien n’empêche l’amateur de voir ce qu’il voit et de rapprocher divers éléments concernant un objet d’art " anonyme " jusqu’à se sentir conduit vers le nom de son auteur.

La Gazette de l’Hôtel Drouot N°26 du 1er juillet 2005, reproduisait en page 78 une Vierge à l’Enfant accompagnée du commentaire suivant : " D’abord imputé à l’école italienne du XVIIè, ce touchant tableau a été finalement attribué à l’école française… ". Mais curieusement, aucun nom d’artiste français du XVIIè ne s’était imposé à l’esprit des professionnels de l’art - experts ou commissaires - ayant vu ce tableau avant sa vente les 21 et 22 juin précédents.

Pourtant, " au premier regard ", l’intensité de la relation mère-enfant, la douceur de la lumière effleurant les corps, le vaporeux des cheveux d’un blond vénitien, le modelé des mains un peu molles, le balancement mesuré entre idéalisation du visage de la Vierge et détails réalistes - coiffure légèrement défaite, chaise rustique en guise de trône - auraient dû suggérer un nom : Jacques Blanchard.

La comparaison avec une autre très belle Vierge à l’Enfant (endormi) de notre artiste contemporain de Vouet conservée au Musée des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand, permet de confirmer cette première impression. On pourrait presque s’arrêter là. Mais une pièce complémentaire peut encore être facilement versée au dossier.

Il existe une version gravée de cette composition reproduite en page 271 du catalogue de Jacques Thuillier édité en 1998 à l’occasion de l’exposition Jacques Blanchard 1600 – 1638. Malheureusement, le graveur de cette feuille anonyme n’interprète pas au mieux la douceur et les subtilités de l’original mais il en fournit une description assez scrupuleuse ( quoiqu'inversée comme souvent ) pour lever tout doute quant aux liens unissant les deux images.

Reste qu’il faut émettre les réserves d’usage. Si l’invention de la composition revient bien à notre artiste français - ce qui est incontestable et suffisait pour parler au minimum d’atelier de Blanchard – qu’en est-il du tableau reproduit dans La Gazette ?

Il faudrait pouvoir l’observer directement pour répondre ; vérifier que dans sa facture même se retrouve bien l’écriture de Jacques Blanchard. Une simple reproduction de qualité assez médiocre ne permet pas de telles investigations. C’est pourtant tout ce dont je dispose. Je ne peux donc aller plus loin tout en admettant l’existence d’un doute purement méthodologique tant la conviction est forte.

 

 

par van-acker publié dans : ATTRIBUTION
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