Quelques productions et réflexions d'un plasticien un peu collectionneur, un peu architecte...

Eliane Larus, Le Patriote, feutre, encre sur Kleenex, 26 cm x 29 cm, vers 1975. Collection personnelle.
Un peu de simplicité dans ce monde de brutes. Autrement dit : … plus de Brut.
Née en 1944, Eliane Larus fait partie de ces artistes qui cantonnent consciemment leur créativité à l’en-deçà d’un art cultivé chargé des références encombrantes de l’homo aestheticus. A la suite d’un Jean Dubuffet poursuivant sa quête d’une spontanéité intactes dans l’art asilaire, les productions d’enfants ou l’art naïf, Eliane Larus depuis les années soixante-dix, développe sa poésie où se côtoient des figures humaines cabossées, des bêtes, des petites entités, des formes incertaines qu’elle veut naïves mais pas innocentes. Autant dire que son travail se charge d’un certain sens.
De ses interventions en écoles primaires, elle aura retenu un graphisme saccadé, hésitant, parfois nerveux (elle parle de griffures agacées), une mise en page souvent décalée, des compositions quelque peu anarchiques, une simplicité primaire, primordiale ou primitive (comme on voudra) qui ne manqueront pas d’évoquer Gaston Chaissac. Par communauté d’esprit sans doute ; le poids de l’influence n’est pas toujours très clair.
Toujours est-il que Dubuffet " découvreur-inventeur " de l’Art Brut, a su se montrer assez attentif pour écrire en 1981 à propos de ses oeuvres : " … une verve très inventive s’y manifeste continuellement, à partir de leur conception et tout au long de leur exécution. Les peintures qui les historient sont les plus savoureuses et pleines de trouvailles dans tous leurs détails. En émane beaucoup d’émotion que je ressens fortement… "
De l’invention on peut en trouver dans ce Patriote , dans la déconstruction du visage, l’improbabilité du support fragile qui absorbe le trait et dédouble l’image, la maladresse d’un geste de salut qui fait tout le sujet…
Certes on reconnaîtra une brutalité plus sulfureuse aux artistes comme Martin Disler ou Ar Penck par exemple qui à leur manière apportent une suite plus contemporaine aux engagements de Dubuffet, mais ce serait au prix de cette petite chose curieuse qui traverse imperturbable, l’œuvre d’Eliane Larus ; comme une légèreté grinçante.