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Quelques productions et réflexions d'un plasticien un peu collectionneur, un peu architecte...

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COLLECTION : UN DESSIN ITALIEN DU XVIIè SIECLE?

Anges, transvasant un liquide. Sanguine et encre brune au pinceau et à la plume sur papier, 18 cm x 13 cm. Collection personnelle.

   

Donc, je collectionne…

   La visite d’expositions, de galeries et de musées permet un rapport étroit avec les œuvres les plus diverses. La pratique pour sa part, place l’auteur au cœur des modalités de mise en œuvre jusqu’à le mettre définitivement à l’écart d’un jugement critique et objectif de cette portion de l’œuvre qui s’offre d’emblée au " premier coup d’œil " . En cela, rien de nouveau. Mais de quoi relève la collection ? besoin de posséder ? obsession compulsive ? sauvegarde ? effet de mode ? mondanité ? Dans tous les cas il est à craindre qu’elle ne s’accommode plutôt volontiers du futile voire du vaniteux ; travers que certains jugeront d’autant plus condamnables qu’ils s’accompagnent d’une irrépressible folie dépensière.

Pour ma part, la collection personnelle, plus encore que l’exposition, la galerie ou le musée, permet de m’approcher davantage de l’objet d’art, de le manipuler, l’observer, le scruter à tout moment, d’y voir ce qui dans sa fabrication échappe lorsque la distance et le temps vous sont comptés alors que vous en partagez l’observation avec d’autres en d’autres circonstances. C’est donc toujours cette meilleur compréhension du " faire " qui m’anime avec cet avantage particulier que cette compréhension ci ne prive pas de l’enseignement du jugement par " le premier coup d’œil ".

    De ce petit dessin, je ne sais rien. Son thème, sa mise en page - malgré les manques -, sa finesse et sa tonalité, en font un dessin très agréable. L’observation poussée fait remarquer un premier tracé à la sanguine (contours et hachures) étalé par endroits, une dispositions des ombres au lavis intervenant après une reprise des contours à l’encre brune. Cette dernière écriture est particulièrement intéressante : épaisse et appuyée pour porter l’accent sur quelques courbes (hanches, mollets) ainsi que quelques creux ( paupières, front, nez, joue, boucles) ; plus légère et machinale quand elle décrit les ailes ou le drapé. Les reprises d’une même ligne s’accumulent parfois à la sanguine ou à l’encre avec de faibles décalages animant ainsi les contours d’une incessante vibration. Dans ses menus détails, ce petit dessin est donc une leçon graphique. Il enseigne à sa manière mais ça n’est pas tout.

    Son attribution est certes affaire de spécialiste. Il n’empêche qu’elle vous incite à émettre des hypothèses, à chercher à les vérifier autant qu’à les invalider. La fluidité du trait, la souplesse de la ligne me poussent à penser ce dessin dans un contexte italien (une inscription manuscrite au revers semble le confirmer). Le Musée des Beaux Arts d’Orléans conserve une  Délivrance de saint Pierre  de Giorgio Vasari (1511 – 1574)  assez proche de notre feuille par l’esprit. Toutefois, si l’auteur de cette dernière montre un sens de la posture un peu contrainte, un sens du déséquilibre compensé, de la ligne autonome, j’ai peine à y reconnaître un dessin pleinement maniériste. C’est pourquoi, il me semble qu’une datation dans les limites du XVIIème siècle me paraît plus probable.

J’en suis là pour l’instant. Et mon incapacité à en extraire plus de données n’enlève rien à la qualité de ce dessin.

Si par ailleurs vous avez une opinion sur la question, des suggestions ; celles-ci sont évidemment les bienvenues.

 

 

 

 

 

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V
J'ai tiré la question vers le général, car je crois indiquer que ce dessin est fondateur pour moi par la leçon graphique qu'il représente ; d'autant plus utile qu'elle est directement observable et à loisir (ce que permet la collection). La raison du caractère fondateur "pour moi" était donc précisée dans l'article. <br /> L'interrogation du principe général de "la collection" est plutôt brève pour dire que Je ne prétend pas échapper à ses aspects les plus critiquables. Ensuite, on en arrive à la raison essentielle pour laquelle je m'y adonne.<br /> ... les trois quarts... pourquoi toujours tout exagérer?
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P
Excuse moi, j'ai oublié une chose... Tu dis que la collection n'est pas le thème central, mais tu y consacres les trois quarts de ton article. Je n'avais donc pas compris que ta phrase finale sollicitait des avis sur l'attribution et non sur l'idée de collection.
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P
Ou bien le "je le garde, on sait jamais, ça peut servir"... Mais là je gage qu'il s'agirait d'atavisme ! ;-)
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P
Re-d'accord sur l'ensemble ! Seulement, la réponse à la question du caractère fondateur n'est peut-être pas à donner universellement. Je pense que c'est au collectionneur de définir ce qu'il considère être fondateur et de quoi. Comme tu le dis très justement, un petit dessin sur un coin de nappe peut être fondateur d'un couple, d'une rupture, d'un épisode de vie... Tout à chacun collectionne ce genre de choses.<br /> Un amateur plus éclairé peut décider que tel graphisme, telle lumière, telle technique est fondatrice. Alors telle pièce, même brouillonnée, même non identifiée, même minuscule, prend sa place dans la collection.<br /> Le danger, c'est qu'on peut toujours se trouver de bonnes fondations pour justifier des actes compulsifs. L'intervention de l'Autre (en tant qu'autre conscience et non en tant qu'autre objet du monde) oblige à expliciter, à objectiver, à définir ses choix autrement que par le "il me plait, donc je le garde".
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V
Si. Mais fondateur à quel niveau ? pendant longtemps l’histoire de l’art s’est surtout attachée à l’étude des grands maîtres et de leurs pièces maîtresses négligeant du même coup l’étude et l’analyse de documents ou d’artistes dits mineurs. A force de schématisations, des monceaux de productions diverses furent regroupées sous des noms porteurs - des figures majeures - faussant du même coup l’identité même de ces figures. L’attachement relativement récent aux « petits maîtres » a fait exploser ces attributions abusives, a fait émerger (et fait émerger encore) des figures oubliées et pourtant essentiels de l’histoire des arts et a contribué à clarifier les jeux d’influences, de courants, d’écoles, etc. Donc si on ne devait conserver que les Vinci, Rubens, Picasso, Duchamp et quelques autres ce serait persister dans une sorte d’erreur.<br /> Mais en même temps, cette question est d’actualité. Elle a été posée lors de l’ouverture de l’exposition Big Bang à Beaubourg dont les réserves croulent sous la masse d’œuvres conservées et qui propose une présentation non plus chronologique mais thématiques de sa collection. Les FRAC (Fonds Régionaux d’Art Contemporain) qui ne peuvent plus présenter leurs fonds faute de place ou faute de moyens pour les assurer, sont invités à s’interroger. La création à Lens d’un Louvre II n’est pas seulement un effet de la délocalisation. Où faut-il s’arrêter ? qui peut juger de la valeur fondatrice et universelle des œuvres ? sachant que ce qui est regardé aujourd’hui comme essentiel peut ne plus l’être demain (ce qui explique que certains artistes soient temporairement oubliés). Que ou qui faudrait-il évincer ?<br /> On peut se demander si la collection privée ne pourrait pas alors se présenter comme une alternative possible. Au risque de rendre ces objets peu visibles. Au risque de ne laisser au grand public qu’une « histoire de l’art » ancienne ou plus récente, largement schématisée, tronquée, réductrice. Déjà que bien des personnes ne vont au Louvre que pour voir la Joconde…<br /> Enfin, il y a dans certains dessins griffonnés sur des bouts de nappes, des petits trésors cachés. Je ne parle pas d’argent mais de qualité graphique. L’amateur peut avoir l’intuition (encore une fois) que ces quelques traits sont de la main d’un auteur non négligeable. C’est certain, il ne s’agit ni d’un Vinci, ni d’un Rubens, ni d’un Picasso, ni d’un Duchamp. Mais ça n’est pas une raison suffisante pour que je ne lui accorde pas l’intérêt qu’il mérite. Je cherche à le cerner, à le dater, je sollicite des avis et ça n’est qu’accessoirement que je pose la question de la collection. Le vrai problème, c’est ce dessin. <br />
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