Quelques productions et réflexions d'un plasticien un peu collectionneur, un peu architecte...

Christ en Croix, huile sur toile, 64 cm x 40 cm, vers 1700. Collection personnelle.
Il est des images qui connotent un intérieur. Et l’accrochage au mur d’un tableau représentant un Christ en Croix ne vise pas pour moi à redoubler l’instant de la crucifixion, même si le recours au clou s’avère indispensable à l’opération.
En somme, ma participation mystique s’arrêterait plutôt à la vision d’un corps exposé dans une souffrance sublimée. J’en fais ce que je peux aux moments opportuns.
Plus généralement, mon œil croise cette image pour en apprécier le coloris alliant : tons bruns, roux, gris bleus et violacés ; pour observer le modelé affirmé d’un corps lumineux que quelque chose apparente à l’émail.
Dans le fond, la touche est plus nourrie pour rendre le gonflement des nuages dans une lumière d’orage conformément à l’iconographie traditionnelle.
Le tout est composé avec une rigueur simple qui fait participer chaque élément à sa juste mesure. ; y compris ceux qui n’y figurent pas, comme le crâne d’Adam au pied de la Croix par exemple. C’est là la marque d’un strict respect des Ecritures et du refus d’intégrer à la scène des données apocryphes issues de la Légende de la Croix. En ne faisant pas figurer les traditionnels ossements d’Adam pour la bonne raison que les Ecritures ne les mentionnent pas, notre tableau semble bien participer d’une doctrine pour le moins puriste. Sur le plan symbolique, tout semble dire que la crucifixion du Christ ne rachète en rien les péchés du Premier Homme. La vision aurait donc une orientation clairement pessimiste. Or, la posture du corps du Christ, en " Y " et non en " T " est précisément celle d’un Christ dit " janséniste " et l’esprit de la doctrine janséniste s’accorde assez avec nos constats précédents. Cet austère courant religieux s’est particulièrement développé dans l’Europe du Nord des XVII et XVIIIèmes siècles sous l’impulsion de Jansénius, évêque d’Ypres. La France, à travers les solitaires de Port-Royal (autour desquels gravitaient Philippe de Champaigne et Pascal) en a aussi connu quelques représentants vite réprimés vers 1710. Autant dire que tout colle plutôt bien. Et que sans être capable de l’attribuer, reconnaître ici un tableau flamand (ou français ?) du XVII-XVIIIè siècle, me semble constituer une hypothèse fort recevable.